Au début du XIXᵉ siècle, Barcelone n’est ni la métropole ouverte et rayonnante que l’on connaît aujourd’hui, ni encore la grande capitale industrielle de la péninsule. C’est une ville dense, enfermée dans ses murailles, étroitement surveillée par le pouvoir central et marquée par une instabilité politique quasi permanente. Pourtant, derrière cette apparente immobilité, s’accumulent déjà les forces qui vont transformer durablement la ville.
Entre 1808 et la fin du siècle, Barcelone traverse une succession de ruptures majeures : occupation étrangère, retour de l’absolutisme, guerres civiles, industrialisation rapide, explosions sociales, affirmation culturelle et politique catalane. Ces bouleversements ne se succèdent pas de manière linéaire ; ils s’entremêlent, se heurtent et laissent des traces profondes dans l’espace urbain, l’économie et les mentalités.
Ce XIXᵉ siècle barcelonais peut se lire comme une tension constante entre contrainte et potentiel. Longtemps contenue par son statut de place militaire et par les décisions prises à Madrid, la ville hérite d’une situation forgée dès le début du XVIIIᵉ siècle, après sa défaite lors de la guerre de Succession d’Espagne et la chute de 1714 — qui se traduit notamment par la construction de la citadelle militaire, symbole visible du pouvoir central imposé à la ville.
À l’issue de cette défaite, la monarchie bourbonienne impose une centralisation politique radicale : les institutions propres de la Catalogne sont supprimées et le pouvoir est concentré à Madrid. Barcelone perd alors toute autonomie politique et devient une ville étroitement surveillée, placée sous contrôle militaire afin de prévenir toute remise en cause de l’ordre établi.
Pourtant, malgré ce cadre contraignant, la ville développe une économie dynamique, une société politiquement active et une culture en quête de reconnaissance. À mesure que les obstacles tombent — murailles, régimes autoritaires, cadres anciens — Barcelone s’affirme comme une ville industrielle, puis comme une ville consciente de sa singularité catalane.
Comprendre cette période, c’est donc comprendre comment Barcelone passe :
• d’une ville contrôlée, surveillée et enfermée,
• à une ville des usines et des révolutions, marquée par la conflictualité sociale,
• puis à une ville moderne et catalane, capable de se projeter sur la scène européenne.
I. 1808–1833 : Une ville encore sous contrôle, entre domination et éveil
Politique : la fin d’un monde
A la fin du XVIIIe siècle, la monarchie espagnole est à bout de souffle. Depuis des décennies, l’empire décline : les colonies d’Amérique rapportent moins, les caisses de l’État sont vides, l’armée est affaiblie par les guerres menées contre la France révolutionnaire puis contre l’Angleterre.
- Guerre d’Indépendance espagnole (1808–1814)
À Madrid, le roi Charles IV (1788 – 1808) laisse la réalité du pouvoir à son favori, Manuel Godoy. Ce dernier pousse l’Espagne à s’allier avec Napoléon contre l’Angleterre, en1796, avec le second traité de San Ildefonso, en espérant sauver les colonies espagnoles et la dynastie des Bourbons. Cette alliance coûte cher : la flotte espagnole est détruite à Trafalgar en 1805.
Dans ce contexte, le traité de Fontainebleau (1807) renforce l’alliance avec la France et autorise les troupes françaises à traverser la Catalogne et le nord de l’Espagne pour envahir le Portugal, allié de l’Angleterre. Mais Napoléon s’en sert pour faire entrer son armée dans la péninsule et occuper les principales villes espagnoles sous prétexte d’une coopération militaire.
Le 13 février 1808, les troupes du général Duhesme entrent à Barcelone sans résistance. La population les accueille sans méfiance : ces soldats sont supposés être des alliés. Quelques jours plus tard, ils s’emparent par surprise de la Citadelle et du château de Montjuïc. Deux points stratégiques essentiels : Barcelone est désormais sous contrôle français.
Cette occupation précoce distingue la ville d’autres cités espagnoles. À Madrid, bientôt occupée également, la population se soulève contre les troupes françaises du maréchal Murat, le 2 mai 1808. Cet épisode marque le début de la guerre d’Indépendance espagnole. La répression est sanglante. Goya l’immortalisera dans son célèbre tableau, El Dos de mayo (musée du Prado). Barcelone, déjà occupée, ne peut pas se soulever : elle subit la guerre sans la faire.
Pendant six ans, la ville vit au rythme de l’Empire. En 1812, Napoléon annexe la Catalogne à la France et transforme Barcelone en capitale du département du Montserrat, calqué sur le modèle administratif français : les provinces sont remplacées par des départements dirigés par un préfet, comme en métropole. L’administration, la justice et la fiscalité sont réorganisées selon les normes napoléoniennes.
L’occupation prend fin en 1814, après le traité de Valençay, par lequel Napoléon restitue le trône à Ferdinand VII. Les troupes françaises quittent Barcelone, et le roi fait une entrée triomphale avant de regagner Madrid. Mais son retour met fin aux espoirs nés de la Constitution libérale de Cadix (1812) : Ferdinand rétablit l’absolutisme et abolit les réformes.
Barcelone, épuisée, passe ainsi d’une tutelle à une autre — française, puis madrilène — sans avoir connu la liberté politique qu’elle espérait.
- Naissance du sentiment libéral et national catalan.
Sous l’occupation napoléonienne, Barcelone découvre un changement radical de logique politique : au lieu d’un roi gouvernant par droit divin, apparaissent l’idée d’une constitution, d’un pouvoir fondé sur la nation et d’habitants considérés comme des citoyens égaux devant la loi, et non plus comme des sujets sans droits politiques.
Pendant la guerre d’Indépendance (1808–1814), le gouvernement espagnol légitime, réfugié à Cadix, convoque des Cortes (assemblées représentatives) en 1810. Ces députés adoptent en 1812 la Constitution de Cadix, l’un des textes politiques les plus modernes d’Europe à l’époque. Elle proclame la souveraineté nationale, la séparation des pouvoirs, la liberté de la presse et la fin des privilèges — des idées nouvelles qui séduisent une partie des élites barcelonaises qui y voient l’espoir d’un État moderne et réformé.
La domination française divise la société : d’un côté, les afrancesados — notables, fonctionnaires et intellectuels — soutiennent le roi Joseph Bonaparte, espérant moderniser la ville par les réformes inspirées du modèle français ; de l’autre, les patriotes exilés à Tarragone ou à Cadix défendent une Espagne libre sous la Constitution de 1812. Ces deux camps s’opposent sur la forme, mais partagent le même rejet de l’absolutisme et la même volonté de réforme.
L’administration napoléonienne, en réorganisant la justice, les impôts et la gestion urbaine, initie Barcelone aux pratiques d’un État moderne et centralisé. Cette expérience ambiguë — à la fois d’ouverture et de soumission — fait naître une idée neuve : la liberté politique doit s’accompagner d’une autonomie locale.
Lorsque Ferdinand VII revient au pouvoir en 1814 et rétablit l’absolutisme, la parenthèse se referme brutalement. Mais les élites barcelonaises, qui avaient soutenu les Cortes de Cadix et goûté à la vie constitutionnelle, conservent ces idéaux. Le libéralisme catalan est né, nourri à la fois par l’héritage français et par la résistance au pouvoir madrilène.
- Restauration absolutiste (1814–1833), retour de Ferdinand VII, répression politique et méfiance barcelonaise
Lorsque les troupes françaises quittent l’Espagne après le traité de Valençay, de novembre 1813, Ferdinand VII traverse la frontière par la Catalogne. Il séjourne quelque temps à Barcelone avant de regagner Madrid et de reprendre pleinement le pouvoir. Son retour marque une rupture nette : le roi abolit la Constitution de 1812 et rétablit l’absolutisme monarchique.
Pour Barcelone, ce tournant est vécu comme une désillusion. Une partie des élites politiques et économiques de la ville — juristes, commerçants et intellectuels acquis aux idées constitutionnelles, comme Antonio de Capmany — avait soutenu l’expérience libérale née pendant la guerre. Le retour à un pouvoir autoritaire, centralisé à Madrid, réactive une défiance enracinée depuis 1714, lorsque la ville avait perdu ses institutions propres et avait été placée sous tutelle militaire.
À l’est de la ville, la Ciutadella demeure une forteresse active, occupée par les troupes royales, tournée vers Barcelone bien plus que vers l’extérieur. Sur les hauteurs, le château de Montjuïc complète ce dispositif : ses canons ne servent pas seulement à défendre le port, mais rappellent en permanence que l’armée peut frapper la ville elle-même.
Entre 1814 et 1820, la restauration absolutiste s’accompagne d’une répression politique systématique. La presse libérale est interdite, les sociétés politiques dissoutes, et de nombreux opposants sont arrêtés ou contraints à l’exil. Le pouvoir civil est largement supplanté par l’autorité militaire : le capitaine général de Catalogne, représentant direct du roi, cumule fonctions politiques et militaires. Montjuïc sert alors aussi de prison pour les opposants au régime.
Cette situation débouche sur le soulèvement militaire de 1820, mené par des officiers libéraux hostiles à l’absolutisme, qui impose au roi le rétablissement de la Constitution. S’ouvre alors le Triennat libéral (1820–1823), brève parenthèse constitutionnelle imposée au roi par l’armée, durant laquelle la Constitution de 1812 est rétablie. À Barcelone, cette période se traduit par un regain de débats politiques, notamment autour de la Plaça Sant Jaume, siège du pouvoir municipal. Mais cette expérience reste fragile : le roi la subit sans l’accepter, les libéraux sont divisés, et les ultra-absolutistes se radicalisent.
En 1823, les monarchies européennes mettent fin à cette parenthèse. L’armée des Cent Mille Fils de Saint-Louis, envoyée par la France, envahit l’Espagne et restaure Ferdinand VII dans ses pleins pouvoirs. Barcelone est à nouveau occupée par des troupes françaises jusqu’en 1828. La présence militaire se renforce, rappelant une fois encore que le destin de la ville se décide hors d’elle.
La décennie suivante, dite « décennie abominable » (1823–1833), voit l’absolutisme s’endurcir. En Catalogne, les soulèvements des Agraviados en 1827, menés par des ultra-absolutistes, révèlent une société profondément divisée. Ces tensions annoncent les guerres carlistes, conflits civils opposant partisans d’une monarchie traditionaliste et défenseurs d’un État libéral, dans lesquels Barcelone s’affirmera comme un bastion du camp libéral.
À la veille de 1833, Barcelone demeure donc une ville politiquement surveillée, encadrée par ses forteresses et soumise à l’autorité militaire, mais traversée par des courants libéraux persistants. La mort de Ferdinand VII ouvre alors une nouvelle phase : celle d’une ville prête à entrer dans un cycle de conflits, d’industrialisation et de transformations accélérées.
Économie : les premiers signes du décollage
Au début du XIXᵉ siècle, l’économie barcelonaise n’est pas encore industrielle au sens plein du terme. Elle reste marquée par l’héritage du XVIIIᵉ siècle et freinée par un contexte politique instable, mais elle présente déjà plusieurs dynamiques qui annoncent les transformations à venir.
1. Héritage du commerce colonial : une rupture plus qu’un effondrement
Jusqu’aux guerres napoléoniennes, Barcelone s’était affirmée comme l’un des principaux ports commerciaux de la Méditerranée espagnole. Les réformes économiques des Bourbons au XVIIIᵉ siècle permettent à la Catalogne de participer plus largement au commerce avec les colonies américaines, jusque-là largement monopolisé par le port de Cadix. Ces mesures favorisent l’essor d’un solide réseau de négociants, d’armateurs et d’intermédiaires commerciaux.
Cette économie du négoce se concentre alors dans l’est de la ville, autour du port ancien et du Pla de Palau, véritable interface entre la mer et la cité. C’est là que se trouvent les principales institutions commerciales, notamment la Llotja de Mar, où s’organisent contrats, crédits, assurances maritimes et transactions liées au commerce colonial. Aujourd’hui encore, ce secteur conserve cette vocation d’ouverture maritime et administrative, même si ses fonctions ont changé.
La guerre d’Indépendance, puis l’instabilité politique des années suivantes, affaiblissent brutalement ce système. Entre 1816 et 1828, l’Espagne perd l’essentiel de son empire américain, à l’exception de Cuba, de Porto Rico et des Philippines. Pour Barcelone, cette rupture est un choc : une partie de ses circuits commerciaux traditionnels disparaît.
Mais il ne s’agit pas d’un effondrement pur et simple. Les négociants barcelonais conservent leurs réseaux, leur expérience et leurs capitaux. De nombreux Espagnols installés en Amérique, les indianos, rentrent en métropole, notamment en Catalogne. Leur fortune, accumulée outre-Atlantique, commence à être réinvestie dans l’immobilier et le commerce urbain, en particulier dans les secteurs proches du port et du Pla de Palau. Ce phénomène, encore limité avant 1833, prépare néanmoins le basculement vers une économie plus industrielle.
2. Une proto-industrialisation encore modeste et dispersée
Avant les années 1830, Barcelone ne connaît pas encore la grande industrialisation mécanique. L’activité productive repose essentiellement sur une proto-industrialisation héritée de l’époque moderne : ateliers textiles, filatures, travail du coton, métallurgie artisanale liée à la fabrication et à la réparation d’outils.
Cette production reste fragmentée et fortement contrainte par le cadre urbain. La ville est toujours enfermée dans ses murailles, soumise à une forte densité de population et à des restrictions militaires qui limitent l’installation de nouvelles activités. Les ateliers se concentrent principalement dans les quartiers populaires de la ville ancienne, notamment dans le Raval, à l’ouest du centre médiéval.
Malgré ces limites, les entrepreneurs barcelonais suivent avec attention les innovations techniques venues d’Europe du Nord. L’idée d’une production mécanisée progresse, même si les conditions politiques, urbaines et financières ne permettent pas encore son développement à grande échelle.
3. Les prémices d’une bourgeoisie d’affaires
Dans ce contexte se dessine une bourgeoisie d’affaires encore discrète, mais déjà structurée. Il ne s’agit pas encore d’une bourgeoisie industrielle puissante, mais d’un milieu composé de commerçants, d’armateurs, de propriétaires d’ateliers et d’intermédiaires financiers.
Ces acteurs sont étroitement liés aux espaces du commerce et de la production : autour du Pla de Palau pour les affaires maritimes et financières, dans le Raval pour l’activité manufacturière. Cette élite économique reste prudente. Les guerres, les changements de régime, la censure et le contrôle exercé par le pouvoir central limitent les investissements lourds.
Toutefois, les capitaux existent et commencent à se déplacer : du commerce vers la production, de la spéculation vers l’investissement à long terme. Ce décalage entre potentiel économique et immobilisme urbain est l’un des traits caractéristiques de Barcelone avant 1833.
4. Une ville en attente de mutation
Entre 1808 et 1833, Barcelone ne connaît donc ni explosion démographique ni révolution industrielle. La population stagne autour de 100 000 habitants, reflet d’une croissance freinée par l’instabilité politique et les limites physiques de la ville.
La cité reste dominée par ses fonctions militaires et administratives : les murailles sont intactes, la Citadelle et le château de Montjuïc rappellent en permanence le statut de place forte. Cette réalité pèse directement sur le développement économique, en empêchant l’extension urbaine et l’implantation de grandes infrastructures productives.
Pourtant, sous cette apparente immobilité, les bases du futur décollage sont posées : capitaux disponibles, savoir-faire commercial, premières expériences manufacturières et émergence d’une bourgeoisie entreprenante. À la veille de la mort de Ferdinand VII, Barcelone apparaît ainsi comme une ville économiquement prête, mais politiquement et spatialement contenue.
Culturel : les premiers élans du renouveau
1. Lumières, libéralisme et censure : des idées présentes mais contenues
Entre 1808 et 1833, Barcelone ne connaît pas encore l’effervescence culturelle qui fera sa singularité dans la seconde moitié du XIXᵉ siècle. La période se caractérise plutôt par une situation intermédiaire : des idées nouvelles circulent, mais dans un cadre étroitement contrôlé, sans encore transformer profondément l’espace public ni les formes culturelles visibles de la ville.
L’influence des Lumières et du libéralisme est bien réelle. Les débats sur la représentation politique, la réforme de l’État, l’éducation ou le progrès scientifique existent à Barcelone, mais ils s’expriment principalement dans des cercles restreints. Les alternances politiques — entre absolutisme et brèves parenthèses constitutionnelles — limitent durablement la liberté d’expression. La culture reste donc sous surveillance, à l’image d’une ville encore enfermée dans ses murailles et soumise à un fort contrôle militaire.
Cette situation explique pourquoi, à ce stade, Barcelone ne se dote pas encore de grands équipements culturels nouveaux : la circulation des idées précède la transformation visible de la ville, sans encore la provoquer.
2. Une vie intellectuelle réelle mais élitiste : académies et formation
Malgré ces contraintes, la vie intellectuelle barcelonaise ne disparaît pas. Elle s’organise autour d’institutions héritées du XVIIIᵉ siècle, qui continuent de structurer la production et la transmission du savoir.
La Reial Acadèmia de Bones Lletres, installée dans le Palau Requesens, incarne cette culture savante. Elle réunit des juristes, historiens et lettrés autour de l’étude des textes, de l’histoire et de la langue. Il s’agit d’une culture érudite, tournée vers l’analyse et la continuité intellectuelle, plutôt que vers la création populaire ou l’innovation artistique.
Parallèlement, certains lieux liés à l’activité économique jouent un rôle culturel essentiel. La Llotja de Mar, cœur du commerce barcelonais, abrite une école de dessin qui forme artisans et futurs professionnels des arts appliqués. Cet enseignement répond aux besoins concrets du textile, de la gravure et de l’imprimerie. Il montre que, dans cette première phase du XIXᵉ siècle, la culture barcelonaise est étroitement liée aux savoir-faire et à la production, bien plus qu’à une ambition artistique autonome.
3. Presse naissante et premiers signes d’un sentiment catalan réaffirmé
La diffusion des idées passe aussi par la presse, même si celle-ci reste fortement encadrée. Le Diario de Barcelona, fondé en 1792, continue de paraître durant cette période et témoigne de l’existence d’un espace public encore limité mais réel. Il permet la circulation d’informations et de débats, tout en reflétant les phases de censure et de contrôle imposées par le pouvoir central.
En revanche, le renouveau culturel catalan proprement dit reste embryonnaire jusqu’au début des années 1830. Le catalan n’a pas encore retrouvé une place centrale dans la vie littéraire ou institutionnelle. Toutefois, un jalon symbolique apparaît à la fin de la période avec la publication, en 1833, de l’Oda a la Pàtria de Bonaventura Carles Aribau. Ce texte est généralement considéré comme le point de départ de la Renaixença, le mouvement de renaissance culturelle catalane.
Il marque une transition nette : celle d’une culture encore contenue vers une affirmation progressive de la langue et de l’identité catalanes, qui s’épanouira pleinement dans les décennies suivantes.
Entre 1808 et 1833, la culture barcelonaise est donc bien vivante, mais encore sous plafond. Les idées circulent, les institutions fonctionnent, la presse existe, mais dans une ville toujours surveillée, contrôlée et limitée dans ses possibilités d’expression. Cette phase ne constitue pas encore un âge d’or culturel, mais elle prépare le terrain : lorsque les contraintes politiques et urbaines commenceront à se desserrer après 1833, Barcelone disposera déjà des bases intellectuelles nécessaires pour entrer dans une véritable renaissance culturelle.

